Un échéancier de chantier n'est pas une liste de dates. C'est une suite d'activités reliées entre elles : si la fondation prend deux jours de plus, tout ce qui en dépend doit glisser tout seul. Voici les notions à connaître, puis un petit exemple calculé à la main, du premier jour jusqu'au chemin critique.
1. Des activités, avec une durée en jours ouvrables
Chaque ligne de l'échéancier est une activité : un travail qui a un début, une fin et, idéalement, un seul responsable (excavation, fondation, charpente, couverture…).
- Comptez la durée en jours ouvrables, pas en jours de calendrier. Une charpente de 15 jours ouvrables dure trois semaines de travail, peu importe les fins de semaine et les jours fériés qui tombent au milieu.
- Gardez une taille raisonnable. Une activité de 40 jours se suit mal ; une activité d'une demi-journée encombre l'échéancier. Pour un projet résidentiel, la plupart des activités font de 2 à 15 jours.
- Groupez par étage, par phase ou par corps de métier pour garder une vue d'ensemble lisible.
2. Des liens, pas des dates tapées à la main
Une date tapée à la main ne bouge pas quand le reste bouge. Un lien, oui. Trois types de liens couvrent presque tous les cas :
| Lien | Signification | Exemple |
|---|---|---|
| Fin → Début (FD) | B commence le jour ouvrable après la fin de A | Couverture après la charpente |
| Début → Début (DD) | B commence quand A a commencé | Plomberie brute qui part pendant la charpente |
| Fin → Fin (FF) | B finit quand A finit | Inspection qui se termine avec le dernier lot de travaux |
Chaque lien peut avoir un délai en jours ouvrables :
- un délai positif ajoute une attente (ex. Fin → Début + 3 j pour laisser le béton prendre avant de charger les murs) ;
- un délai négatif crée un chevauchement (ex. Fin → Début − 2 j : la suite commence deux jours avant la fin).
Le temps de cure, les délais de livraison et les inspections se modélisent mieux avec un délai qu'avec une fausse activité.
3. Des jalons pour les moments clés
Un jalon est une activité de durée nulle : « Bâtiment fermé », « Inspection de la charpente », « Livraison des armoires », « Prise de possession ». Il ne coûte rien et rend l'échéancier lisible pour le client. Un jalon qui suit une activité tombe le jour où elle finit.
4. Le chemin critique et la marge
Une fois les liens en place, on calcule deux choses pour chaque activité :
- le calcul en avant donne le début et la fin au plus tôt ;
- le calcul en arrière, à partir de la fin du projet, donne le début et la fin au plus tard sans retarder la fin.
La différence entre les deux, c'est la marge (ou float) : le nombre de jours ouvrables qu'une activité peut glisser sans repousser la fin du projet. Les activités à marge nulle forment le chemin critique : un jour de retard sur l'une d'elles, c'est un jour de retard à la livraison.
Exemple : de l'excavation au bâtiment fermé
Sept activités, durées en jours ouvrables (valeurs d'exemple, à remplacer par celles de vos équipes) :
| N° | Activité | Durée | Lien |
|---|---|---|---|
| 1 | Excavation | 3 j | — |
| 2 | Fondation (semelles et murs) | 8 j | FD après 1 |
| 3 | Imperméabilisation et remblai | 4 j | FD après 2, + 3 j (cure) |
| 4 | Charpente | 15 j | FD après 2, + 3 j (cure) |
| 5 | Couverture | 4 j | FD après 4 |
| 6 | Plomberie et électricité brutes | 6 j | DD après 4, + 10 j |
| 7 | Jalon « Bâtiment fermé » | 0 j | FD après 5 |
Calcul en avant (jours ouvrables numérotés à partir de 1)
| N° | Calcul du début | Début | Fin |
|---|---|---|---|
| 1 | premier jour | 1 | 3 |
| 2 | fin de 1 + 1 = 4 | 4 | 11 |
| 3 | fin de 2 + 1 + 3 = 15 | 15 | 18 |
| 4 | fin de 2 + 1 + 3 = 15 | 15 | 29 |
| 5 | fin de 4 + 1 = 30 | 30 | 33 |
| 6 | début de 4 + 10 = 25 | 25 | 30 |
| 7 | jalon : le jour où 5 finit | 33 | 33 |
Le projet finit au jour ouvrable 33.
Calcul en arrière et marge
On repart de la fin (jour 33) et on remonte chaque lien :
| N° | Fin au plus tard | Début au plus tard | Marge |
|---|---|---|---|
| 7 | 33 | 33 | 0 |
| 5 | 33 | 30 | 0 |
| 6 | 33 (rien ne la suit) | 28 | 3 j |
| 4 | début au plus tard de 5 − 1 = 29 | 15 | 0 |
| 3 | 33 (rien ne la suit) | 30 | 15 j |
| 2 | début au plus tard de 4 − 1 − 3 = 11 | 4 | 0 |
| 1 | début au plus tard de 2 − 1 = 3 | 1 | 0 |
On peut le vérifier en additionnant les chemins :
| Chemin | Calcul | Longueur |
|---|---|---|
| 1 → 2 → 4 → 5 → 7 | 3 + 8 + 3 (délai) + 15 + 4 | 33 j (critique) |
| 1 → 2 → 4 → 6 (DD + 10) | 3 + 8 + 3 + 10 + 6 | 30 j (marge 3 j) |
| 1 → 2 → 3 | 3 + 8 + 3 + 4 | 18 j (marge 15 j) |
Le chemin critique est Excavation → Fondation → Charpente → Couverture → Bâtiment fermé. Si la plomberie brute prend 2 jours de plus, rien ne change à la fin ; si la charpente prend 2 jours de plus, le bâtiment est fermé 2 jours plus tard.
Remarque : la marge de 15 jours du remblai vient surtout de ce que rien ne le suit. Dans un vrai échéancier, reliez-le à ce qui en dépend (ex. le terrassement ou l'entrée), sinon il paraît plus libre qu'il ne l'est.
Sur le calendrier
En commençant le lundi 3 mai 2027, avec les fins de semaine chômées, le jour ouvrable 33 tombe le mercredi 16 juin 2027. Avec la Journée nationale des patriotes (lundi 24 mai 2027) en plus, il tombe le jeudi 17 juin 2027. C'est tout l'intérêt de compter en jours ouvrables : le calendrier fait le reste.
5. Le plan de référence
Quand l'échéancier est accepté (par le client, par vos sous-traitants), enregistrez-le comme plan de référence. Vous garderez la version de départ pour la comparer avec la réalité : quelle activité a glissé, de combien, et l'écart sur la date de fin. Sans référence, un échéancier qui bouge ne dit jamais pourquoi il a bougé.
6. Mettre à jour à la date du jour
Un échéancier vit. Une fois par semaine, mettez l'avancement à jour :
- une activité qui aurait dû commencer et n'a pas commencé est repoussée à aujourd'hui, au plus tôt ;
- une activité commencée garde ses jours écoulés, et le reste de sa durée est recalculé selon son avancement ;
- tout ce qui suit glisse par les liens, et le chemin critique peut changer.
Erreurs fréquentes
- Des dates imposées partout au lieu de liens : l'échéancier ne réagit plus aux retards.
- Des activités sans successeur : elles affichent une marge trompeuse.
- Oublier les jours fériés et les vacances de la construction : deux semaines en juillet, c'est beaucoup sur un projet de quatre mois.
- Un chemin critique jamais regardé : c'est pourtant la liste des activités à surveiller de près.
Avec KOR
L'échéancier de KOR fonctionne de cette façon : activités et groupes, durées en jours ouvrables, liens Fin → Début, Début → Début et Fin → Fin avec délai (positif ou négatif), jalons, chemin critique et marge recalculés à chaque changement. Les jours fériés du Québec et les vacances de la construction sont dans le calendrier du projet, le plan de référence s'affiche en barres grises, et « Mettre à jour à aujourd'hui » applique les règles ci-dessus. L'échéancier peut aussi partir de vos métrés : la durée de chaque activité est proposée à partir des quantités mesurées et des rendements de vos équipes. Deux autres modules sont en préparation : appels d'offres et gestion de projet.
En résumé
- Des activités de taille raisonnable, en jours ouvrables.
- Des liens (FD, DD, FF) avec délais, pas des dates tapées.
- Des jalons pour les moments que le client attend.
- Le chemin critique = marge nulle : c'est là que se joue la date de fin.
- Un plan de référence, puis une mise à jour chaque semaine.